Race recap

80 km UTHC Harricana

28 septembre 2016
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Une belle leçon d’humilité au ultra-trail 80 km Harricana. Un détour de 5 km, des montagnes russes d’émotions et un classement final plus que satisfaisant.

Quand je me suis inscrit au 80 km Harricana au début de l’année, j’avais comme ferme intention de me placer dans le top 10 pour mon premier ultra-marathon.

Mon plan de match pour la course était simple. En tant que néophyte, je voulais me placer avec le lead pack afin de suivre le groupe de meneurs le plus longtemps possible. Finalement, à quelques jours de l’événement, j’ai pris le soin d’observer le Flyby de la course de 65km de l’année dernière. J’ai analysé comment les différents coureurs ont géré leurs efforts afin de terminer fort ou pas. Bien sûr, j’ai bien analysé la course de Olivier Roy-Baillargeon, 5e sur 65km l’an dernier. Un coureur très semblable à mon style de course. On a discuté et il m’a convaincu de bien profiter des zones sans dénivelé positif pour aller chercher un maximum de vitesse dans les limites du respectable.

C’est comme ça que la course a commencé, aux aurores, au pied de l’Acropole des draveurs, avec un objectif oublié, remplacé par une visée de podium.

Km 0-8

Section la plus facile et agréable de la course. Asphalte descendant suivi d’un chemin forestier aux abords d’une rivière à saumons où la brume matinale s’évaporait doucement à travers les petites rapides. Le genre d’image assez magnifique où j’ai tout fait pour résister à la tentation de sortir mon iPhone et de ne pas prendre de photo. J’essayais quand même de me placer parmi les premiers à l’entrée de la prochaine section, où la première difficulté de la journée allait se présenter. Le pace sur toute était rapide, comme d’habitude. Rien de trop inquiétant et de brûlant pour les jambes puisque le coeur se réchauffait à peine en pompant sous les 160 bpm.

KM 8-15

Puis, on se retrouve à la Montée des castors, qui me rappelle un segment où l’on s’entraîne sur le Mont-Royal. Je me retrouve donc dans le bois, seul à ouvrir les traces, suivi de deux autres coureurs à une quinzaine de mètres derrière moi. D’après ce qu’on m’a dit, l’un d’eux était Alister Gardner, l’éventuel gagnant du 65km et nouveau détenteur du record de la distance.

Le parcours monte le long d’une rivière, les roches mouillées et les racines sont légion. Un parcours hyper technique comme je les aime. J’essaie de ne pas trop monter fort lorsque les côtes sont trop raides en enchainant quelques pas de marche, mais dès que le parcours m’offre la chance d’exploser, j’en profite.

Puisque je suis au-devant du lead pack, j’attaque le parcours différemment de mon plan de match initial. J’ajuste ma course en fonction de mes poursuivants en gardant un certain contact avec eux lorsque la vision le permettait. Par contre, comme je ne suis pas à une contradiction près, en approchant le sommet, j’ai décidé d’accélérer un peu, distançant de près de quatre minutes les leaders du 65 km. (selon le Strava Flyby)

Et c’est là que ça se gâte…

16km de faits. Je cours avec une légèreté remarquable. Je survole le parcours et je me sens étonnamment bien.

Dans le guide de l’athlète qu’on avait super bien révisé en montant à Charlevoix, il disait clairement qu’à partir du 14e km, on allait arriver à des lacs et qu’il fallait traverser un marais de 100 m, mais que par la suite on allait être récompensé par des chemins très roulants. C’était la section la plus difficile du parcours.

Du km8 au km22 secteur Coulée Chouinard et coyote
Difficulté : Très difficile
État du sentier : le sol est humide, vaseux , partiellement, le sentier est étroit et en montée. Vous aurez une section de 100 mètres à franchir dans l’eau près des lacs au 14e kilomètre. Armez-vous de patience, c’est la section la plus exigeante de l’UTHC 65km et vous serez récompensé à la fin avec la station de ravitaillement Le Coyote Honda.

Quand je suis arrivé au lac, j’ai enjambé un petit bout de bois qui faisait office de « barrière ». Il y avait des chemins dans tous les sens et aucune indication ou fanion en vue. J’ai attendu un peu, reculé sur mes pas afin de voir si j’avais manqué une indication ou quelque chose.  Sans nouvelle de mes deux poursuivants, j’ai décidé de garder mon avance et j’ai pris à gauche et je suis arrivé face au marais.

Un méchant beau marais. Le genre de marais tellement bien placé au milieu de la route avec aucune possibilité de le contourner. Je me suis dit, ça y est, je suis sur le bon chemin. Le sourire fendu aux oreilles, j’ai affronté la mare maléfique. L’eau glaciale qui me montait jusqu’à la mi-cuisse était étonnement agréable. Rendu de l’autre côté, je jette un coup d’œil derrière, pas de trace des poursuivants.  Rares sont les moments dans une course où tu espères voir des gens derrière toi.

Pas de problème, je continue et j’attaque le parcours, le sentier est fraîchement nettoyé avec tous les petits arbres coupés et je vois finalement des fanions roses dans les arbres. Rassuré, et surtout convaincu que je suis sur le bon chemin, je mets la pédale au fond, question de reprendre le temps perdu par mon hésitation.

Le sentier qui contourne le lac tombe finalement sur un chemin forestier. Par contre, aucune indication si je dois aller à gauche ou à droite. Je tiens pour acquis l’angle du sentier et continue dans le sens normal formé par le sentier. Le doute me revient à l’esprit. Je continue à courir sur le chemin forestier. Évidemment, je ne m’attends pas à voir de fanions sur ce type de route, alors j’arrête de chercher et je me concentre sur le terrain et sur ma course, jetant à l’occasion de petits regards à l’arrière. Qui sait, peut-être qu’Alister est en train de me rattraper.

Je croise même deux quatre-roues qui prennent le temps de m’encourager. Un petit plus pour confirmer que je me trouve au bon endroit.

Le chemin débouche sur une longue ligne droite sous les pylônes. À ce moment, j’hésite énormément. Dans l’analyse du parcours que j’avais faite, après le premier sommet, il y avait quelques up and down, mais pas de si grosses côtes descendantes. Je prends la décision de descendre la côte et de voir au bas s’il y a des indications de la course. Par le fait même, cela me donne une bonne vue sur les poursuivants au haut de la côte. Rendu en bas, mes doutes m’ont donné raison. Le chemin semble ne mener nulle part et personne n’arrive en haut de la côte.

Je suis donc tout seul au beau milieu de nulle part, hors du parcours d’une course où tout allait pour le mieux. Je prends quelques instants pour réaliser le tout et je rebrousse chemin. Je ne sais pas exactement combien de kilomètres j’ai faits en trop, donc je ne peux pas vraiment mesurer l’ampleur de mon erreur.

Je remonte la côte et je filme une petite vidéo que j’essayais dans les heures suivantes à envoyer à ma blonde lorsque le réseau cellulaire reviendrait parmi nous (vidéo qui aura été téléchargée 28 h plus tard finalement).

En revenant sur mes pas, je prends le temps d’observer les fanions qui m’avaient guidé dans la mauvaise direction. Ils étaient de la bonne couleur, mais défraîchis. Comme s’ils dataient d’une autre année. On m’a confirmé d’une source non officielle par la suite que c’était l’ancien parcours de la course. Faut croire que je n’ai juste pas choisi la bonne année !

Arrivé au bord du lac, j’entends des voix dans la forêt. Les coureurs contournaient le lac de l’autre côté. Moi qui pensais courir seul la majorité de la course, j’allais me retrouver dans quelques instants au beau milieu du peloton de coureurs. J’hésite entre simplement piquer à travers le bois pour retrouver le chemin ou revenir sur mes pas jusqu’à l’embranchement mal identifié. J’ai opté pour refaire la mare maléfique, qui était vraiment moins agréable la deuxième fois, elle était plutôt franchement frustrante.

À l’embranchement, je croise des coureurs qui avaient pris le mauvais côté, au même moment, un autre coureur les appels pour confirmer qu’ils n’étaient pas sur le bon chemin. L’avantage du groupe. Tu peux te séparer et perdre quelques secondes au lieu d’y aller seul et de perdre 30 min.

Ils m’informent qu’ils venaient tout juste d’atteindre le 16e km tandis que ma montre sonnait pour indiquer le 21e km. Le ravitaillement tant attendu du 22e km venait soudainement de se repousser à mon 27e km.

S’ensuit une chasse en montagne. Je me retrouve avec 30 minutes de retard sur mon objectif, mais surtout, aucune idée où je me trouve dans le classement. La bonne idée de se donner des objectifs de temps et de classement et de ne pas prévoir de plan B ! Ce que je ne savais pas encore, c’est qu’il est pratiquement impossible de compléter un ultramarathon si le mental n’est pas de la partie. Perdre simultanément ses deux objectifs est excessivement difficile pour le mental. Au moins, je me sentais encore très fort. Je suis donc passé en mode chasseur et j’ai usé plusieurs cartouches afin de reprendre ma place au-devant.

J’attaque donc le parcours en malade mental et tant que je dépasse des coureurs ça va bien. Dans les singles tracks, j’entends devant moi Marco qui me crie : « PM ! Qu’est ce que tu fais là ?» Il était avec Alex Benoit et je passe à leur côté en leur expliquant ce qui s’est passé. Les coureurs ne comprenaient pas pourquoi après presque 3h de course, ils se faisaient soudainement dépasser par un idiot à full pine. J’ai dû expliquer à quelques reprises que je me m’étais perdu etc., mais je ne sais pas si ça me faisait du bien de le raconter ou si ça l’empirait mon état d’esprit. Ma confiance qui était solide comme le rock au début de la course était maintenant aussi solide qu’un papier essuie-tout trempé dans un marécage. Je n’avais que ça en tête.

Du 32 km au 42 km (+5 dans mon cas)

Cette section de la course, je l’attendais depuis longtemps. Une longue descente complètement exposée au soleil sur un chemin forestier descendant. J’avais comme intention de le descendre entre 4:15 et 4:30 / km. Par contre, étant mentalement absent, je ne dépassais plus personne et encore pire, je me faisais dépasser par un autre coureur du 80 km que je venais de reprendre. C’était donc fini ? Je n’étais plus capable de revenir à l’avant. Au ravitaillement, j’étais démoli. J’avais beaucoup donné pour revenir à la tête de la course et malgré tout j’étais à peine dans le top 10. J’en étais même à essayer de compter le nombre de traces au sol afin d’identifier le nombre de coureurs qui me précédaient. De la folie cette course !

À ce même ravitaillement, pendant que je remplissais mes bouteilles et que je reprenais mes esprits, 4 ou 5 coureurs du 80km sont arrivés en même temps. Dans ce groupe, Julien Lachance, l’un des favoris pour remporter l’épreuve y était. Erreur de débutant, j’ai donc quitté rapidement sans prendre le temps de manger suffisamment. La montée suivante était horrible. Je peinais à enchaîner les pas. Le fait de savoir que Julien était juste derrière moi m’a complètement scié les jambes. On s’accroche à des petits détails dans une course. Les plans prennent le bord et on s’en crée un nouveau. J’avais dépassé Julien au début de la descente sans m’en rendre compte. J’étais donc passé de chasseur à chassé. En le voyant arriver de derrière, j’étais déstabilisé et en montant la montagne, j’étais juste perdu et je me suis mis à repenser à ma mésaventure du 16e km. Tranquillement, je ralentissais en montée, le cardio suivait, pas de problème, j’avais des jambes, j’avais du jus, j’avais juste plus de motivation. Ma tank de motivation était complètement à sec.

Mon plan B qui consistait de remonter le pack était réalisé, par contre qu’est-ce qui se passe si le pack décide de résister ? Je n’avais pas eu le temps de planifier ce scénario en essayant de reprendre ma demi-heure perdue. Je n’étais pas de niveau pour leur offrir une résistance. Mon manque d’expérience m’éclatait en pleine face.

Descente aux enfers

Ma tentative de course en montagne, transformée alors en marche, était maintenant constituée de longs arrêts. Dès que j’entendais quelqu’un arriver en arrière, je m’arrêtais sur le bord pendant de longs instants pour les laisser passer, avant même qu’ils soient rendus à ma hauteur. J’étais détruit mentalement. J’en étais à calculer combien de temps ça allait me prendre me rendre jusqu’à l’arrivée du 65 km à la marche. La montée de la côte du 42e km (47) était maintenant complétée depuis plusieurs kilomètres et je marchais toujours. C’est alors que j’ai goûté aux bons soins de la communauté du Trail. On m’a offert des gels, on m’a demandé si j’étais correct, on s’informait de ma condition, mais j’avais juste plus le goût. Je venais de me perdre pour la deuxième fois de la compétition, sauf que cette fois-ci, sans trop de conséquences puisque c’était dans ma tête. C’est alors qu’une coureuse arrive toute souriante et me dit tout bonnement: « let’s go, on va courir ».

C’était l’étincelle qui me manquait. Je repris le parcours et j’ai tourné ma montre pour plusieurs kilomètres. On a jasé de tout et de rien et on a couru. On a simplement couru la tête baissée sans penser à la course ou à la distance restante. La tête a fait le vide et les kilomètres ont filé.

Le plaisir de courir pour courir. On se demande souvent pourquoi on fait ça et dans les moments les plus sombres, on réalise qu’on aime simplement la course à pied. Fini les plans, les objectifs ou de marcher pour terminer la course. La beauté de l’activité physique à sa plus simple expression. À partir de ce moment, on oublie tout ça et je ne fais que suivre la cadence de Noémie Julien.

La Montagne noire

Sans m’en rendre compte, j’étais rendu au sommet de la Montagne noire au 53e km (58). Ma noirceure était revenue. Je sentais la fin de la compétition arriver et je pensais à mes erreurs et à mon détour. Ma course avait un petit goût d’amertume. C’est là que j’arrive au ravitaillement et que Sébastien St-Hilaire m’accueille. En plus du service habituel de remplissage des bouteilles, il m’a offert un câlin. Ça parait bête, mais quand t’es au bout de toi-même, ces petits réconforts inattendus font un bien incroyable.

«Peser sur le bon piton».
-Sébastien St-Hilaire

Pendant que j’étais bien assis au ravitaillement BMR et que je jasais avec les bénévoles, Sébastien m’a dit que je me trouvais en 8e position à seulement 12 minutes de la 3e position. Douze minutes sur une vingtaine de kilomètres. Je fais les maths, avec quelques 20 kilomètres à faire, douze minutes c’est amplement jouable. Pas question de rester assis une seconde de plus à ce ravitaillement. Je me suis goinfré de bouillon de poulet et d’oeufs cuits, rempli mes poches de gnocchis et je suis parti à la chasse. Les kilomètres suivants ont été les plus rapides depuis le début de la course, je courais amplement sous les 6 min / km, peu importe le dénivelé. Quand on dit que la course à pied c’est dans la tête …

Après deux kilomètres, je prenais déjà une position. Le simple fait de savoir exactement où je me trouvais dans la course me donnait des ailes.

Aux pieds du Mont Grand Fonds, je rattrape Noémie avec qui j’ai couru une quinzaine de kilomètres dans la montagne, elle était sur le point de compléter son 65 km en 4e position. De mon côté, je prends quelques secondes pour embrasser ma blonde et je rejoins Oli au ravitaillement. À partir du 65e km, les coureurs du 80 km, avait le droit d’être accompagné, une responsabilité aussi connu sous le nom de Pacer. Son rôle est d’être le support moral, de maintenir le rythme, le photographe personnel ou encore celui qui regarde derrière ou devant si on est en train de se faire rattraper. Bref, une aide qui allait s’avérer incroyable. Il m’a rempli mes gourdes pendant que je m’alimentais une dernière fois avant de compléter la boucle finale.

Le temps de faire ce dernier plein, le coureur en 5e position quittait le ravitaillement accompagné avec son pacer (sa paceur, sa paceuse ?) Mon but était donc de le rattraper dans la piste de ski. Pour la première fois de la course, on se trouvait vraiment en mode course, puisqu’on avait une vision sur plusieurs centaines de mètre devant nous. On était seul, aucun autre coureur que ceux du 80km ne passait par là à ce moment de la journée et la côte à monter était suffisante pour décourager les spectateurs les plus téméraires.

À mi-chemin de la monté, on est passé en 5e position. J’ai même couru un peu quand le dénivelé était moins imposant question de créer un écart suffisant pour ne pas qu’il décide de revenir sur moi.

Rendu au sommet, je me satisfaisait de ma 5e place, j’étais vraiment content de la tournure des événements, d’avoir réussi à remonter le pack malgré tout ce qui m’étais arrivé durant cette course. Olivier gérait mon pace, me prenait en photo et me faisait la conversation.  On avait bien du fun jusqu’à temps qu’on entende des voix. Soudainement, on revenait en mode course. On descendait des chemins forestiers avec des gros cailloux instables. Les tournants ne nous permettaient pas d’avoir assez de vue. On savait qu’il y avait quelqu’un, mais aucune idée si c’était devant ou derrière. L’excitation de voir la quatrième position s’est vite estompée quand Oli m’a annoncé que c’était de derrière que les voix provenaient. Fini les quelques pas de marches lorsque ça montait trop raide. Je devais terminer cette course en courant un maximum.

Pendant plusieurs kilomètres on a joué au chat et à la souris. Oli faisait le guet à l’arrière afin de s’assurer que l’écart ne diminuait pas. Malheureusement, je ne sais pas où il trouvait son énergie, mais même si j’accelerais, il trouvait le moyen de réduire l’écart. À 8 km de l’arrivée, une quinzaine de mètre nous séparait. Moi qui pensais terminer le tout tranquillement, c’était un autre plan à oublier.

À  5 km de l’arrivée, on entre dans des singles tracks et au même moment, j’ai trouvé une vieille gnocchi collé dans ma veste d’hydratation. Je la déguste comme si c’était la meilleur invention culinaire de l’histoire. Une fois ingérée, j’ai explosé dans les sentiers. J’aime tellement courir un sentier technique que c’était comme si j’avais oublié que je venais de courir 78 km, j’ai même réussi à faire suer Olivier derrière, c’est pas rien.

À quelques kilomètres de l’arrivée, on avait droit à un autre ravitaillement. On s’est longtemps posé la question si on devait le sauter ou non. Comme on a aucune idée de l’écart qui nous sépare de la 6e position, je n’ai pas envie de terminer ça au sprint final non plus. Pendant que je m’alimente de gnocchis frais et de bouillon de poulet, Oli surveille si au loin on voit le poursuivant. On apprend par le fait même que le 4e n’est pas loin devant et qu’il est à porté de main. Le temps de s’empiffrer d’une dernière poignée de chips et on repart à la course.

Les derniers kilomètres se font sur un sentier de ski de fond parsemé de petits vallons très boueux. Tous les coureurs du 28 km sont déjà passé par là et les trails sont déjà bien défoncées. Peu importe, on passe à travers les flaques d’eau sans se soucier de salir ma belle camisole fleurie (non, j’avoue que j’y ai pensé).

À 1,5 km de l’arrivée, Oli, tout excité, me pointe au loin. Yannick Normandeau, celui qui était en 3e position à 12 min de moi lorsque j’étais au ravitaillement BMR, est en train de traverser un petit ruisseau de boue. L’excitation nous reprend, on attaque la descente et on passe le plus rapidement possible à ses côtés. Le tout sans rien dire et en sortant la plus belle poker face ever. Faut avoir l’air fort, et que ça soit facile afin d’être assez convaincant pour ne pas qu’il décide de réattaquer. Je n’ai vraiment pas envie de faire un sprint final sur un 80 km. Après 2 valons, Oli jette un coup d’oeil derrière, Yannick a essayé de suivre un peu, mais n’a pas continué. Enfin un plan qui marche aujourd’hui.  

Quelques minutes plus tard, on commence à entendre la foule. Ça y est. La folle épopée tire à sa fin. J’aperçois ma blonde qui tient ma fille dans ses bras, elle me la transfère et je termine les derniers mètres avec ma fille qui ne comprend pas trop ce qui se passe sur l’épaule.

Plusieurs photos magnifiques seront prises de ce moment mettant un immense baume sur ma course qui n’a vraiment pas comme prévu. Mais bon, j’imagine que ça vient avec la beauté du trail et des ultramarathons. On ne peut pas tout contrôler et c’est correct.
Trois semaines plus tard, j’ai fait la paix avec cette quatrième position. J’en suis excessivement fier, mais je me dis qu’il en aura d’autre des compétitions de trail. J’ai tellement aimé la liberté de courir dans les sentiers que j’ai décidé de ne pas m’inscrire pour une 3e fois au marathon de Boston en 2017 et de plutôt ouvrir mon calendrier à d’autres événements de ce type. Peut-être un 100 km … qui sait.

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