Race recap

Championnats du monde Ironman 70.3

28 novembre 2015
IM703WC - Pierre-Michel_Arcand-11

Après une année d’attente, après ma qualification à Timberman, nous voilà enfin aux Championnats du monde d’Ironman 70.3 à Zell Am See-Kaprun en Autriche.

C’était la première fois que les Worlds se déplaçaient en Europe et c’était au coeur des Alpes dans le magnifique village de Zell Am See en Autriche, qu’ils ont élu domicile cette année. Une petite ville dont personne, par ici, n’avait entendu parler avant qu’Ironman décide de s’y intéresser. Au même titre que Tremblant, l’endroit est tout indiqué pour accueillir une compétition de ce type. Accès au lac, montagne, village champêtre avec une très grande concentration d’hôtels, chalets et de restaurants.

Résidants dans un condo au coeur du village et du parcours de course, nous étions dans la meilleure situation pour profiter de l’événement avec la nouvelle venue, qui n’était même pas encore conçue le jour de ma qualification pour cette course, il y a plus d’un an, sur le parcours de Timberman au New Hampshire.

Ce n’est pas parce que nous sommes sur la distance demi-Ironman que les organisateurs font dans les demi-mesures. Encore une fois, nous avons droit à une organisation impeccable du début à la fin de la semaine de compétition. De la parade des nations aux spectacles lors des traditionnels banquets, nous avons profité au maximum de l’événement. Armé de mon porte-bébé et ma petite Romy, j’ai même eu l’honneur de parader avec Magali Tisseyre.

 

Échauffement et départ.

Avec notre petit groupe de québécois, Isabelle Rouleau, championne en titre 18-24 ans, Sylvain Morin, Stéphane Denis et Christian Triquet, nous attendions tranquillement les départs à quelques mètres de l’entrée à l’eau. Par contre, ayant mal analysé la zone de transition la veille, je réalise 10 minutes avant le départ que je suis du mauvais côté, soit du côté de la sortie de l’eau. J’avale mon gel en toute hâte, attache le zip de mon wetsuit au complet, embrasse la famille et je pars à la course à travers la dense foule de supporteurs venus voir les professionnels sortir de l’eau d’une minute à l’autre. Je reçois des indications contradictoires en allemand et en anglais par où passer et ils me font faire le tour complet de la piste d’athlétisme où tous les vélos sont rangés. Impossible de faire plus de détours sans manquer mon départ. Je grimpe la clôture de la sortie de vélo. Ayant mon casque de bain sur la tête aux couleurs du prochain départ, certains bénévoles réalisent que je suis vraiment en retard et insistent pour me laisser aller auprès de ceux qui me courent après dans la zone de transition. Je traverse à sens inverse le terrain où les vélos sont rangés et grimpe la clôture de 10 pieds à l’autre extrémité pour rejoindre la horde d’athlètes qui se dirigent vers le départ. Je ne vois aucune personne partageant le bleu de mon casque de bain. Il ne reste que 3 minutes avant le départ. Je donne mon sac de linge à un autre athlète, le rendant maintenant responsable de le déposer au drop-off. Je n’ai aucune idée s’il va le faire ou non, c’est la dernière de mes préoccupations.

J’aperçois enfin les casques bleus, ils sont les prochains à partir. L’animateur annonce qu’il reste une minute. Je rejoins Pierre-Martin Aussant qui est déjà à l’eau, on s’échange des mots d’encouragement et le départ est lancé. Les championnats du monde commencent !

Je n’ai pas osé cette fois-ci me placer en avant, sachant que le calibre de nage allait être très redoutable. Je reste donc en milieu de peloton en largeur et profondeur. Erreur. La machine à laver. Dès que le départ est lancé, le peloton se resserre sur plusieurs centaines de mètres. Après 500m, ça joue encore du coude pour se positionner convenablement derrière les nageurs plus rapides. À mi-chemin, mes lunettes commencent à embuer légèrement. Évidemment, je n’ai pas eu le temps de cracher dedans avant de rentrer dans l’eau. En contournant la deuxième bouée, qui nous dirigeait vers la sortie, je me retrouve seul pour la première fois. Cherchant des pieds pour essayer de drafter un peu, je ne vois plus de remous devant moi. Je relève la tête et réalise malheureusement que j’ai pris le tournant beaucoup trop large et je me retrouve un bon 50 m à l’extérieur du parcours. J’en profite pour nettoyer mes lunettes et réajuster ma ligne de nage. Les nageurs plus rapides partis 4 minutes derrière nous sont déjà en train de nous rattraper. Je décide d’embarquer dans leur train afin de compenser le temps perdu à patauger seul dans mon coin. Résultat légèrement concluant. Je finis ma deuxième moitié de parcours aussi rapidement que la première, ce qui n’est pas dans mon habitude.

Étape Distance Temps Allure
Natation 1.9 km 00:34:16.0 1:46/100m
Catégorie Overall
(/2739)
Sexe
(/1866)
Cat.
(/262)
Position 1639 1230 210

La sortie de l’eau se fait dans des escaliers, les bénévoles nous aident à sortir de l’eau et on court la plus longue transition de l’histoire. À ma grande déception, il n’avait pas de bénévoles attitrés à retirer les wetsuits comme à Tremblant et Timberman. On est contraint de les enlever nous-mêmes dans la tente de changement. Je récupère mon vélo et termine de courir la piste d’athlétisme dans la bonne direction cette fois-ci. Sur ma montre, c’est 800m de distance franchie en 6 min que j’aperçois. Sachant que la T2 est sera presque aussi pire, on peut déjà tirer un trait sur le PB après 40 min de course.

Après avoir complété une nage ordinaire, je suis gonflé à bloc pour la seconde partie de la compétition, le vélo. Profitant du fait que mes souliers sont attachés à mes pédales, je dépasse un maximum de gens avant de sauter sur mon vélo.

Le vélo: le moment fort et marquant de cette compétition.

Les premiers km sont d’une beauté à couper le souffle. On profite rapidement des merveilles que le paysage nous offre. Ayant fait le parcours quelques jours plus tôt avec Isabelle Rouleau et Stéphane Denis, je savais qu’on pouvait donner le paquet pour la première section qui était légèrement descendante. La vitesse variait légèrement entre 42 et 45 km/h de moyenne. Visant des temps de laps sur le plat sous les 7 min par 5 km (+ de 42 km/h), je m’assure de générer un effort continu sans me mettre dans le rouge. Roulant sans capteur de puissance, je me base sur des données archaïques telles que la vitesse et le temps par 5 km. Pour les 4 premiers segments de 5 km, je réussis mon objectif en arrivant au 20e km en 27 min 30 secondes.

Alimenté par l’envie d’aller chercher mon meilleur bike split (2h24) malgré la difficulté du parcours, je relance énormément dans les premiers km, mais la circulation est dense. Tout en respectant la vitesse de croisière imposée par les cyclistes devant qui circulent autour des 47 km/h, ce n’est pas moins de 6 coureurs qui viennent se glisser entre le cycliste de devant et moi. Impossible de faire quoi ce soit, nous sommes trop nombreux et trop rapides pour le parcours. Difficile d’éviter de drafter, j’essaie de relever les épaules pour laisser passer, mais il est trop tard. Une moto arrive par en arrière et commence à pointer les cyclistes frénétiquement. Les cyclistes devant moi se font donner des cartons bleus, ce qui vaut une pénalité obligatoire de 5 min à prendre sur le parcours de vélo. Le coeur bat à tout rompre, ce n’est pas le temps, ni la place de prendre une pénalité.

Je profite du petit moment de confusion créé par l’arbitre pour souffler un peu et tourner sous les 43 km/h. En quelques instants, les vagues de cyclistes recommencent à attaquer le pace. Il y a 3 lignes de  vélo. Sur la droite, les plus “lents” qui tournent à 40 km/h, au centre ceux qui comme moi, tente de les dépasser à 45 et à ma gauche, à la limite de la route créée par la ligne du centre, les premiers des groupes d’âges qui sont partis 4 à 8 min après moi qui nous dépassent à des vitesses de fou à près de 50 km/h.

C’était un peu ridicule tellement il y avait du monde sur la route et à quel point c’était rapide. Quelques instants plus tard, la moto de l’arbitre repasse à ma hauteur et me montre le carton bleu. Incompréhension et stupéfaction, j’essaie de comprendre et dans un anglais approximatif, j’apprends que j’ai mal fait un dépassement. Pour être franc, j’ai passé le reste des 90 km de vélo à chercher quel dépassement aurait pu être volontairement manqué et je ne vois qu’un endroit. Ça devait être lorsque je me suis retrouvé dans un peloton malgré moi.

Je reprends mes esprits et décide que cette pénalité, qui est ma deuxième de suite, car on se souvient du carton jaune obtenu à Tremblant suite à ma chute pour dépassement illégal, ne changera rien à ma motivation de faire mon meilleur bike split. Je reprends le rythme enchaînant un split time de 5 km sous les 7 min à 46.4 km/h juste avant d’attaquer la côte. Un col de 13.7 km avec 667 m de dénivelé pour une moyenne de 5 % dont le dernier 1.6 km cumulant à 12% de moyenne. Une belle butte comme on dit par chez nous. De quoi scrapper les stats de tous les cyclistes sur le parcours !

N’étant pas nécessairement équipé avec mon vélo de triathlon pour monter ce type de côte avec mon 53×39 à l’avant et ma cassette 9 vitesses 12×25, je craignais ne pas avoir le jeu nécessaire en cas de surchauffe dans la montée et que je devrais me mettre sur une vitesse facile qui me faisait défaut.

J’entame donc cette montée « doucement », légèrement sous les 20 km/h. Manquant cruellement d’expérience sur les cols de plus 2 km, je n’avais aucune idée comment gérer mon énergie sur une si longue côte. Je me suis donc installé avec le groupe de cyclistes qui ont relevé les épaules pour mieux grimper et j’ai commencé à endurer mon plaisir pour la prochaine demi-heure (ou plus).

Après quelques centaines de mètres, on réalise que notre rythme n’est pas assez soutenu et on se fait dépasser par une dizaine de cyclistes qui arrivaient avec beaucoup plus d’entrain que ceux qui étaient devant moi. Je décide donc de me joindre à ce nouveau groupe, alternant entre la position aéro et les mains sur les poignées. Je me retrouve sans le vouloir à la tête de ce nouveau groupe, lançant une attaque qui restera sans réponse sur l’ensemble des cyclistes dépassés. Le plaisir est à son comble et j’exulte. Finalement, il y a des humains parmi ces cyclistes européens! Arrivé au milieu de la montée, on a la chance d’admirer un paysage magnifique, mais en plus de ça, on est servi d’un petit pourcentage de dénivelé autour de 2 %. Le temps de réaliser que l’effort devenait facile et qu’on pourrait s’y reposer un peu, je me fais relancer à plus de 30 km/h, une attaque que je résiste difficilement étant déchiré entre l’idée de les laisser partir et de regarder passer le train afin de conserver mon énergie pour la dernière section.

Peu habitué à rouler derrière en montée, je décide de suivre la parade et tenir le rythme jusqu’à la dernière section de la montée où, pour la première fois de la journée, je décide de changer de vitesse à l’avant pour me mettre sur la 39 afin d’obtenir plus de moulinette. La différence de vitesse est palpable. Soudainement, on a l’impression que tout le monde est arrêté, mes jambes sont fébriles et mon coeur reste dans les bas 160. Tout se passe au ralenti, des dizaines de triathlètes sur leur vélo aéro prenant la largeur de la côte pour franchir la dernière section à 14 %. Je me sens fou et je décide d’exagérer un peu sur l’attaque du dernier km, en me plaçant sur la gauche en criant « LEFT – ASHTUNG – LEFT – ASHTUNG » afin d’avoir assez de place pour dépasser sans exploser.

J’arrive finalement au sommet en 38 min à une vitesse moyenne de 21.7 km/h. Ce qui me vaut «seulement» 4 min d’écart avec les meilleurs cyclistes professionnels présents sur Strava (Thomas, Beals, Van Berkel, Casadei …) qui est en soi une sacrée fierté.

Après avoir dépassé près d’une centaine d’athlètes dans le dernier segment de 1.6km, il ne me reste plus qu’à descendre la partie ultra-technique du parcours. Analysée spécifiquement en entraînement, cette descente peut créer d’énormes écarts entre les bons descendeurs et ceux qui ont le frein facile. Il faudra par contre être excessivement prudent car, certains tournants mal négociés pourraient mener quelques centaines de mètres plus bas de la falaise, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas une option à considérer.

Je me place donc sur la droite tel un gars mature, nouvellement papa et n’ayant aucune intention d’exécuter des dépassements dans les lacets descendants. Après le premier lacet, les européens habitués des descentes techniques (appelons-les comme ça pour être polis) dévalent la côte dans la voie inverse, zone qui est techniquement illégale et réservée aux services d’urgences et aux arbitres. C’est sans se soucier de ces règlements qu’ils attaquent la descente en malade mental revenant devant nous avant le prochain virage, relançant à toute allure la descente.

Complètement tétanisé par la témérité de ces cyclistes, je reste prudemment dans ma voie et soudainement au détour d’un tournant, j’aperçois un cycliste étendu sur le côté, son vélo en plein milieu du chemin. Pris en sandwich entre les fous furieux à 90 km/h à ma gauche et le côté de la route où se trouve le cycliste qui se relève, je dois essayer d’éviter le vélo. Flashback de ma chute à vélo de Tremblant. Je donne un coup de guidon vers la gauche et évite le vélo avec ma roue avant de justesse. Je suis passé tellement proche que mon pied droit, qui se trouvait au bas de sa rotation frappe le guidon du vélo au sol. Mon corps se fige et mon vélo reste en ligne droite. Mon coeur a fait un bon jusqu’à me taper dans le cerveau avant de se remettre en place afin de réaliser ce qui venait de se passer.

Je remercie tout ce qui peut se remercier dans une course de vélo et continue ma descente en mode «pépère ». La descente de plusieurs km se fait en une fraction de seconde. L’odeur des freins brulés me brûle les narines et le bruit des pneus des autres cyclistes qui explosent sous la chaleur des freins est marquant. Je pompe les freins au maximum pour rafraîchir la roue dans le but d’éviter le malheureux destin de beaucoup trop d’athlètes qui seront contraints à l’abandon à cause de crevaisons et pneus éclatés. L’absence d’aide technique sur le parcours aura malheureusement coutée l’occasion à plusieurs d’entre eux de franchir le fil d’arrivée des Championnats du Monde Ironman 70.3.

Le reste de la descente se fait à fond la caisse. Mon vélo ne me permettant pas de générer plus de vitesse, roulant sur une longue ligne droite à -2 % je suis en dernière vitesse à une cadence beaucoup trop élevée ce qui n’est vraiment pas efficient. Je regrette de ne pas avoir une cassette à 11 dents à l’arrière qui aurait pu m’éviter de mouliner inutilement comme un batteur à oeufs.

Le reste du parcours de vélo sera plat et sans histoire et se fait parfaitement au-dessus des 40 km/h. Je me sens bien et on échange plusieurs positions avec les cyclistes devant et derrière. Finalement, la côte a permis d’étirer le peloton et on peut enfin rouler un vrai contre-la-montre dans les règles de l’art.

 

Après 75 km, je décide volontairement de ralentir la cadence et de garder la moyenne au dessus des 37 km/h. Mes calculs à cette étape de la course me permettent d’estimer un temps de 2:25 malgré l’immense difficulté de 13.5 km que l’on a gravie plus tôt sur le parcours. C’est donc à contrecoeur que je laisse passer des dizaines de cyclistes dont plusieurs bien campés dans la roue de leurs poursuivants. Malheureusement, on ne remarque aucune présence d’arbitres dans la section la plus roulante du parcours et certains athlètes en profitent allègrement.

Avant de débarquer du vélo, je dois faire mon arrêt obligatoire à la tente de pénalité. Je donne mon nom et on me demande quelle pénalité ai-je reçue. J’hésite. Je ne sais plus. Est-ce bleu ou jaune … jaune ou bleu ! La différence est immense. L’une est un Stop and Go, l’autre est un arrêt obligatoire de 5 min. La décision me déchire. Si je prends le stop and go, je peux terminer rapidement la course, mais je risque de me faire disqualifier. Mon cerveau a tellement vu de cartons bleus durant la course qu’il ne se souvient plus de sa propre pénalité.  Finalement, la décision s’impose. Comme ils sont déjà 6 arrêtés dans la tente de la pénalité en attendant de repartir, je choisis la pénalité de 5 min car, je ne crois pas que je serais capable de survivre à un DSQ (disqualification) à côté de mon résultat final lors de ma seule participation aux championnats du monde.

Pendant mon court séjour de 5 min sous la tente de pénalité, je regarde les pelotons cyclistes nous passer dans la face. Ce n’est pas moins de 5 autres cyclistes qui sont venus s’y arrêter. Douze triathlètes en 5 min ont fait face au carton bleu. Est-ce que ce sont les arbitres qui sont trop sévères ou est-ce le format de compétition qui ne peut soutenir autant de cyclistes rapides ? À voir, mais ça semblait très problématique. Des vagues de départ plus espacés seraient déjà une bonne solution.

Étape Distance Temps Allure
Vélo 90 km 2:35:09 34,85 km/h
Catégorie Overall
(/2739)
Sexe
(/1866)
Cat.
(/262)
Position 826 782 158

 

La course à pied dans le sauna

Une fois sorti à sens inverse de l’interminable T2, je suis fin prêt à attaquer le parcours de course. Mon objectif très ambitieux était de compléter le demi-marathon avec un pace autour des 4 min par km. Je sors donc de la transition sur les chapeaux de roue et dépasse rapidement plusieurs autres coureurs. Après 1 km, je suis exactement sur mon objectif. Les jambes sont fraîches. Le morale est bon, la course à pied s’annonce excitante.

La course bat son plein, le champion du monde sera nommé au cours de la prochaine demi-heure. Comme les organisateurs ont voulu se synchroniser avec les télévisions nord-américaine, le départ n’a pas eu lieu à l’aurore mais en fin d’avant-midi. Nous nous retrouvons donc à courir notre demi-marathon en plein four puisqu’une canicule s’abat sur la région. La différence de température dans cette région montagneuse variait de plus de 15 degrés au courant de la journée.

Après 3 km, je croise Jan Fredeno, en route vers son premier titre de champion du monde de l’année. Au même moment, le parcours de course sort de la partie ombragée et n’offre plus aucune protection contre le soleil. La différence de température entre l’ombre et le soleil est marquante et se ressent automatiquement dans mon corps.

Au cours du 4e km, je commence malheureusement à surchauffer. Je ralentis légèrement afin de ne pas compromettre ma course au complet. Ralentissant à 4:17 / km, je subis quand même les effets de la chaleur et mon coeur s’emballe frôlant les 180 bpm (comparativement à une moyenne de 170 bpm pour un sprint de 5km).

Ça y est, je doute sur ma stratégie. Suis-je parti trop vite ? Suis-je en train de réellement surchauffer ? Mon entraînement était-il suffisant ? etc. Le temps de remettre mes esprits en ordre, je me fais dépasser par la canadienne Heather Wurtele qui était sur son dernier lap, tout en courant avec un facilitée déconcertante. J’essaie de m’accrocher à elle avec un petit côté de fierté de voir une compatriote canadienne filer vers une deuxième position. Nous sommes aux championnats du monde après tout !  

Rapidement je me rends à l’évidence et je reprends mon rythme de dépressif à 4:30 / km afin de faire descendre mes pulsations cardiaques anormales.

Habitué de courir à 4:25 sous les 148 bpm, je ne comprends rien de ce qui se passe. Mes pensées ne sont pas positives et j’essaie de trouver une solution. Après 5 km, je décide de marcher au ravitaillement afin de m’hydrater au maximum et d’essayer de diminuer ma température corporelle. Éponge, eau, Gatorade, tout y passe. Je verse également de la glace dans mon chandail. L’effet est saisissant et mes pulsations cardiaques finissent par baisser légèrement.

Je suis du type à courir tout le temps avec un moniteur cardiaque car, j’aime prendre du recul pour analyser mes différentes performances, mais je ne le consulte jamais en course. Je préfère me fier à mes sensations pour prendre des décisions qu’à des chiffres qui peuvent être influencés par trop de facteurs. Cette fois-ci, devant mon incapacité à lever mon niveau, je cherchais des réponses.

Du 5e km au 17e km, ce fut une longue agonie où le seul remède était la courte marche le temps d’un ravitaillement. Je n’avais jamais marché en compétition de ma vie, pas même lors de mon seul Ironman complet. Cette fois-ci, à chaque km, à chaque ravitaillement, tout le monde marche. La consolation que j’ai en regardant mon coeur battre à 185 malgré un pace de 5:00/km est que je ne me fais pas dépasser. Plusieurs coups de chaleur frappent les autres coureurs et encore une fois, on aperçoit des malheureux au sol.

La seule exception à ces 12 km de pure douleur fut lorsque Magali Tisseyre avec qui j’avais paradé la veille est arrivée à ma hauteur. J’en ai profité pour l’accompagner autour de 4:30/km sur 2 km et demi avant de l’encourager et de la laisser partir consolider sa 4e position.

À 16h00, le soleil finit par passer derrière les montagnes et soudainement, les jambes sont revenues. La différence de température est flagrante et je quitte les 5 min/km et j’enlève 35 secondes à ce temps dépassant des dizaines de coureurs. La corrélation me fait sourire.

Les 3 kilomètres suivants se font à bon rythme, je réussis contre toute attente à terminer fort, dépassant plusieurs coureurs. J’arrive en haut de la côte, cette fois-ci, j’ai mes deux bracelets autour des bras, accumulés lors des premiers tours de course, je peux prendre à gauche et traverser l’allée finale. Les drapeaux des commanditaires volent dans les airs, les spectateurs sont bruyants, le tapis d’honneur est à moi, les championnats du monde d’Ironman 70.3 sont maintenant complétés.

 

 

Je franchis le fil d’arrivée dans un temps 4h53, soit 23 minutes plus lent que mon temps de qualification, malgré le fait que j’étais mieux préparé et que je me sentais beaucoup plus fort. De l’autre côté du fil d’arrivée, tous les finishers sont unanimes, c’était vraiment une course difficile.  J’enregistre malgré tout la 2e meilleure performance québécoise ainsi que la 4e performance canadienne. Une année qui restera marquée comme étant haute en rebondissement avec l’arrivée d’un bébé, un marathon de Boston incroyable et d’une chute désastreuse au Ironman 70.3 de Tremblant qui m’aura couté 1 mois d’entraînement off au moment même où je devais peaker pour cette compétition.  Au moins, j’ai réussi à me gâter à New York il y a un mois 🙂 !

Avec le recul, même si c’était vraiment difficile, comme compétition, c’était tellement le fun !

 

Étape Distance Temps Pace
Course 21 km 1:36:14 4:33 min/km
Catégorie Overall
(/2739)
Sexe
(/1866)
Cat.
(/262)
Position 574 536 118

 

Les liens de l’événement

Résultats officiels , Nage Strava, Vélo Strava, Course Strava,

 

 

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  • André Jodoin 30 novembre 2015 at 3:05

    Bravo! Fort intéressant de lire l’analyse de ta course 🙂

    • Pierre-Michel Arcand 2 décembre 2015 at 4:55

      Merci André, ça roulait tellement fort, sur le vélo,c’était surréel. Quand j’y repense, est-ce que je me suis brulé sur le bike pour essayer de tenir ce pace de fou, ou c’est seulement la chaleur qui m’a claqué… Peu importe, j’ai tellement eu du fun, et pour rien au monde j’aurais ralenti sur le bike, surtout sachant que j’avais une pénalité à purger !

  • Jany 1 décembre 2015 at 1:07

    Complètement fou! Tu écris très bien, on s’y croirait presque.
    Je suis fière de dire que je connais quelqu’un qui est allé au Championnat du monde d’Ironman! 😉

  • Alex Benoit 1 décembre 2015 at 11:58

    Cool retour sur la course! C’est tous les petits détails qui arrivent lors d’une course qui rend l’épreuve si mémorable… Pour te pratiquer à courir dans une chaleur accablante, je te suggère Badwater! 😉

  • Rémi 6 décembre 2015 at 12:04

    Toujours plaisant de te lire! On vit l’événement avec toi! Félicitations encore pour ta performance!