Race recap

Les ponts du Marathon de New York

6 novembre 2015
Marathon de New York trimtl Facebook Pierre-Michel Arcand

Quand le mur est un pont.

Deuxième et dernier marathon de l’année après celui de Boston. Nous voilà rendu dans la grosse Pomme pour un week-end de deux jours exclusifs aux athlètes, sans les petites familles, où nous allons visiter les 5 quartiers et surtout rencontrer les ponts du Marathon de New York.

Il y a de ces moments dans une course où l’on perd tranquillement le focus. La course à pied est très mathématique et répétitive. Chaque kilomètre se fait à un rythme X. Si je cours celui-ci à X-3 secondes, j’ai donc 3 secondes de plus à ajouter à mon objectif. Comme la course débutait sur un pont que l’on montait à moitié et que l’on descendait au complet, on débutait la course avec un différentiel de dénivelé. J’en ai profité pour me prendre un petit 30 secondes en banque lors de la descente que j’ai conservées en faisant mes mathématiques à chaque mile. Lorsque j’approchais les temps de passages, je validais sur mon bracelet où je me situais par rapport à mon temps visé. Tout s’est joué parfaitement selon le plan, jusqu’au 25e km, où j’ai rencontré le Queensboro Bridge qui relie Queens à Manhattan. Une horreur de pont que je n’avais jamais imaginée. On tourne une rue et soudainement, en plein dans notre face sans aucune préparation, on se retrouve à monter sur le premier des deux étages du pont. Une longue montée de plus d’un mile aux 4 vents. Pour la première fois de la course, ça n’allait plus. Le rythme soutenu de 3:45 min / km s’est vite fait démolir et un à un, les coureurs explosaient dans la montée. 

 

J’avais lu que la beauté de ce pont résidait dans le silence qu’il créait car c’était la seule place le long du parcours où il n’y avait pas de spectateurs. Le million de spectateurs était donc réparti sur 39 km au lieu de 42 km.

En réalité, malgré le bruit du vent, le souffle des coureurs époumonés et les moteurs des voitures au dessus de notre tête, le seul silence que je me souviens est celui de mes objectifs, réduits à silence. À partir de ce point, sans m’y attendre et sans pouvoir l’anticiper, je frappais le mur de plein fouet en pleine montée du pont. J’étais défait mentalement et physiquement.

 

S’en est suivi une longue agonie de remises en question. Qu’ai-je fait de pas correct? Est-ce que j’ai manqué d’entraînement dans la dernière semaine?Pas assez d’entraînement spécifique? Le manque de longues sorties? Pas assez de dénivelé? Pas assez bu d’eau? Ai-je trop bu d’eau? Suis-je en hypoglycémie? Est-ce que c’est mes 5 semaines d’entraînement de course à pied qui n’étaient pas suffisantes pour courir un marathon?

Une perte de focus coûteuse qui me faisait perdre plusieurs secondes par km. En l’espace de deux km, je perdais ma marge de manoeuvre et j’accumulais près d’une minute de retard sur le temps visé de 2:40:00.

Ma remise en question durera plusieurs kilomètres et ma vitesse qui était aussi constante qu’un métronome sur le premier 25 dégringolait. Quand ça va moins bien, j’ai la (peut-être) fâcheuse habitude de bouder ma montre. Comme je ne suis pas content des données qu’elle me présente, je refuse de la regarder. Je ne fais que courir et qu’advienne que pourra du rythme.

C’est alors que j’ai rencontré mon premier sauveur. La distribution de gels énergétiques. Je suis généralement très réticent sur l’alimentation en course. Ayant eu de mauvaises expériences dans le passé, sur Ironman, j’essaie de m’en tenir au minimum. Comme lors des mes deux derniers marathons, j’avais prévu prendre 4 gels durant le parcours et d’alterner eau et boisson énergétique pour m’hydrater. Lorsque je suis arrivé au Energy Zone au Mile 18 (29e km) j’ai joué le tout pour le tout en prenant 5 gels des mains des bénévoles. En l’espace de 5 minutes, j’avais déjà mangé 2 gels. Deux autres allaient suivre dans les kilomètres suivants. D’un côté, j’ai peut-être une chance de ravoir un boost d’énergie d’ici quelques km, de l’autre je risque d’avoir des crampes au ventre. Un quitte ou double.

Je traverse le Bronx sans jamais regarder ma montre, le rythme est décevant et je ne pense à aucun objectif. J’ai mis une croix depuis longtemps sur le 2h43, mon temps de Boston et à la vitesse que je cours, je suis en train de mettre une croix sur un temps global sous les 4 min au km.

Après 10 km à me “trainer” les pieds, je me retrouve près de la fin, nous sommes finalement revenus dans Manhattan et ça sent la fin. Je profite donc des derniers moments de cette course. Je finis par rejoindre un autre coureur avec qui j’ai échangé quelques mots d’encouragement. Il me dit de ne pas m’inquiéter car on a assez de marge de manoeuvre pour terminer sous les 3h00. Ish… Rassurant mais pas en même temps. J’ai réalisé plus tard en montrant mes photos de l’événement que cet autre coureur est celui qui a fait le cover du magazine Runners World du mois de septembre. Quand même drôle !

 

Maintenant,  c’est au tour de Batman de venir à ma rescousse.  Lors de l’interminable montée de la 5th Avenue, je me suis retrouvé dans la peau de mon ami Yannick Dubois qui vit une relation amour/haine avec Bruce Wayne. Courant le lendemain de l’Halloween, plusieurs coureurs ont profité de cette date pour arborer leur plus beaux déguisements. Yannick, quant à lui, s’est souvent battu contre un gars au marathon de Montréal qui courait le 42 km déguisé en Batman, un solide coureur qui malgré son déguisement, complétait l’épreuve autour de 3h05. « C’est pas vrai que je vais me faire battre par un gars déguisé en Batman. » qu’il nous disait.

C’est exactement la même situation qui m’est arrivée. Pendant que je regardais les gens me dépasser tranquillement et que je souffrais à tenir un 4:15 / km, j’entendais les spectateurs scander le nom de Batman afin de l’encourager. Au bout de quelques km, il est finalement arrivé à ma hauteur. Mon deuxième sauveur était là! Je l’ai regardé et je me suis répété la phrase de mon ami et ça m’a donné le coup de pied nécessaire pour reprendre et ré-accélérer. J’ai repris le rythme autour de 4 min au km et à mon grand bonheur, je n’ai plus entendu parler de Bruce Wayne.

C’était à mon tour de me répéter la phrase « C’est pas vrai que je vais me faire battre par Batman. » !

À l’entrée dans Central Park, je savais que plusieurs côtes nous attendaient, mais grâce à une combinaison gagnante de Batman, de ma surconsommation de gels et de ma réconciliation avec ma montre, j’ai réussi à reprendre un rythme acharné dans le but d’aller chercher un temps sous les 2h48 pour terminer sous les 4:00/km.

Ma face de douleur s’est rapidement transformée en celle d’un coureur qui prend plaisir et j’ai dépassé des dizaines de coureurs dans les 6 derniers km. Allant même reprendre 5 positions dans le dernier droit. Pour la première fois, lors de mon cinquième marathon, je complétais l’épreuve en ayant l’énergie nécessaire pour être capable de sprinter.

J’ai franchi le fil d’arrivée les bras dans les airs en 2h46:51, bon pour mon deuxième meilleur temps après celui de Boston au début de l’année où j’étais passé au fil d’arrivée en 2h43:05.  

 

 

Ma soudaine face de bonheur au fil d’arrivée m’a valu pas moins de 4 entrevues à la télé dont une sur le live de ABC. J’avoue que je faisais un meilleur candidat à jaser de la course que le gars qui a fini à mes côtés, qui 10 mètres après le fil d’arrivée, vomissait du liquide vert !

Marc-Olivier, quant à lui, est arrivé quelques minutes plus tard, ayant cassé au même endroit que moi sur le pont du Queensboro. Il a minimisé les dégâts en gérant le reste de sa course afin d’aller chercher le sub-3h et ainsi consolider une 3e qualification pour Boston du même coup.

Avec notre 6h de route pour revenir à Montréal tout de suite après la course, nous avons longuement discuté de notre entraînement au cours des dernières semaines pesant le pour et le contre d’un entraînement exclusif en Run Commute comparativement à un entraînement classique de Marathon. Je ne me lancerais pas dans nos constats ici, mais cet automne je vais prendre le temps pour en faire une article complet sur notre entraînement qui nous a mené à NYC et nos différents constats.

Le marathon en chiffre

Temps 2h46:51
Pace moyen 3:57/km
Canada 6e
Québec 2e
Age Groupe 69e
Men 196e
Overall 216e

 

Finalement, il y en a qui ont eu une expérience de marathon plus difficile que d’autres, comme cet italien qui a été retrouvé 2 jours plus tard habillé en coureur perdu dans NYC.  http://www.itv.com/news/2015-11-05/missing-nyc-marathon-runner-found-alive-two-days-later/

Liens connexes :

Activité Strava  – Résultats canadiens

 

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