Race recap

Marathon de Boston 2016, cette fois-ci j’ai braillé …

22 avril 2016
Marathon de Boston 2016 - Pierre-Michel Arcand finish line Crop

C’est à la limite de la perte de connaissance, ne voyant qu’à travers un tunnel noir et n’entendant plus rien que j’ai franchi pour la 2e fois la ligne d’arrivée du Marathon de Boston. Lorsque j’ai levé les yeux pour regarder mon temps, je savais que je venais d’échapper mon record personnel de quelques secondes seulement. Neuf petites secondes pour être exact. Malgré un meilleur entraînement, une connaissance du parcours ainsi que des conditions diamétralement opposées à l’année dernière, j’ai échoué là où je pensais contrôler tous les éléments. Mais où sont passées ces 9 secondes ?

En analysant rapidement les temps de passage avec ceux de l’an dernier, ma course était calquée. Les mêmes temps de passage, la même vitesse. Des données de coeur semblables, voire inférieures. Tout allait pour le mieux selon le plan de match pour ma 3e tentative d’enfin réussir un marathon sous les 2h40.

C’est là que la chaleur s’est mise de la partie. Un an plus tôt, je franchissais le fil d’arrivée sous les torrents d’eau froide d’un printemps à 7°C, complètement frigorifié, hypothermie incluse. Cette année, aucune idée combien il faisait exactement, mais c’était chaud. Très chaud pour un marathon de printemps. À partir du 15e kilomètre, la balade était à son meilleur. Tout se jouait selon le plan de match, j’avais une trentaine de secondes d’avance sur mon objectif A et je courais avec un groupe de coureurs expérimentés et abonnés au sub 2h40. J’étais au bon endroit et je profitais au maximum de chacun de ces moments, mais c’est aussi là que tout s’est mis à se gâter. Trop tôt dans la course, la machine s’est mise à surchauffer. Pour la première fois depuis les Championnats du Monde de Ironman 70.3, je me retrouvais à avoir de la difficulté à évacuer la chaleur de mon corps. Mine de rien, ma dernière sortie à plus de 5°C remontait à l’automne passé, autant dire une éternité.

Heureusement, les organisateurs de Boston n’en sont pas à leur premier marathon. Les points d’eau étaient savamment placés à chaque mile des deux côtés de la route. Donc en cas de surchauffe, on avait l’option de prendre deux points d’eau si l’on désirait traverser la rue. Ce que j’ai pu faire à quelques reprises.

En réalisant que si tôt dans la course je commençais à éprouver de la difficulté, je me suis permis de mettre en jeu mes 2 minutes d’avance accumulées afin de ralentir le pace légèrement, tenter de retrouver mes esprits et réduire mon rythme cardiaque afin de conserver un maximum d’énergie pour attaquer après les fameuses côtes. J’ai regardé à contrecoeur mon groupe de coureurs se détacher, incapable de tenir leur magnifique cadence à 6 min / mile (3:44 min / km).

Rendus aux “hills” comme on les appelle, l’immense foule nous emporte, les habitants de la ville se sont passé le mot et sont présents à leur marathon. Rarement vu une foule aussi dense le long d’un parcours de course. Les spectateurs sont sur le party raide (probablement déjà en boisson) et on a droit à des shows de boucane, gracieuseté des BBQ qui roulent à plein régime. On croyait courir un marathon en plein Tail-gate de football ! J’anticipe un peu mon rythme de consommation de gels afin d’éviter les erreurs de NYC. J’essaie de ne pas trop compenser dans les côtes en me disant que le temps perdu sera repris sur les derniers 10 km.

Malheureusement, le terrain ne me permet pas de garder un rythme suffisamment stable entre les côtes. De petites secondes ici et là s’échappent. Je ne les reverrai plus. Mon avance sur 2015 vient de fondre. Je me trouve au 30e km avec le même temps de passage que l’an dernier. Sauf que cette fois-ci, c’est le contraire, j’ai les jambes dix fois plus fraîches que l’an dernier, mais c’est mon corps qui ne se sent pas super. J’attaque quand même Heart Break Hill de façon conservatrice, même si mes amis des Frat Runners m’ont lancé le défi d’aller chercher un top 10 sur Strava dans la montée, ce n’est pas le temps de faire une niaiserie pour faire rire ses chums. Malgré tout, je monte la dernière côte du marathon, sans aucun problème, une seconde seulement de plus lent que l’année dernière où au même endroit, je commençais sérieusement à être en difficulté.

Je fonce dans la descente en évitant d’exagérer la foulée afin de réduire le stress sur les quadriceps. La tactique semble fonctionner, en restant conservateur, j’ai évité mon erreur de l’an dernier qui m’avait hypothéqué les jambes pour les 8 derniers km.

Les derniers kilomètres se dévalent à folle allure. J’ai l’impression de voler, car je ne fais que dépasser des gens. À moins de 4 km de l’arrivée, j’estime que je devrais être en mesure de terminer autour de 2h40-2h41. J’essaie de pousser la machine un peu plus pour gratter quelques secondes afin de m’assurer un temps dans les 2h40. Je laisse partir au fond de mon esprit le fameux 2h39 et je ne pense qu’à terminer fort.

J’augmente le rythme, je rattrape Abdoul Aziz qui était du podium au dernier marathon de Montréal. On échange quelques mots, mais je le perds rapidement. Je suis sur une mission, je dois battre l’horloge. J’aperçois finalement le fameux signe CITGO qui nous souhaite la bienvenue dans Boston et c’est là que tout devient noir…

Je n’ai aucun souvenir de la suite autre que le tunnel noir.

J’étais seul au beau milieu d’un grand boulevard, bruyant comme jamais, ma montre sonnait m’avertissant que les kilomètres défilaient, mais je n’entendais rien. Mon cercle de vision était réduit à la taille d’une pomme placée devant moi. Le silence a pris la place et tout ce que je voyais était le coureur à 30 m devant moi. Je devais simplement continuer d’accélérer et de maintenir un pace minimum de 3 min 45 secondes.

Mes jambes s’élançaient à un rythme de 188 pas par minute et malgré ça, je perdais 15 secondes par km, au lieu de reprendre les 15 secondes que je voulais reprendre.

Je n’ai aucun souvenir des quatre derniers kilomètres autre que le fait que j’étais à la limite de la perte de connaissance. J’ai seulement pris connaissance de où je me trouvais en tournant sur Boylston Street où j’ai réalisé que la course se terminait au bout de la rue. De mémoire, elle faisait 400 m. En réalité, elle en faisant 600 m.

Machinalement, je tente un sprint qui me paraît interminable pour franchir Boylston Street. Autant j’ai parcouru cette dernière rue dans le plus grand des plaisirs l’an dernier, poussé par les encouragements de ma blonde, cette fois-ci, j’ai l’impression qu’elle s’allonge. Les secondes s’envolent à un nouveau rythme. Mon sprint ne vaut rien. Je franchis le fil d’arrivée la déception dans l’âme en arrêtant ma montre. Je venais d’échouer un an de préparation mental à atteindre un chiffre. Un chiffre qui toutefois ne tenait compte d’aucun facteur extérieur, comme le fait que j’ai eu chaud ou que le vent était violent par moment. L’année dernière aussi nous avions le vent en pleine face pendant 42.2 km.

Comment expliquer qu’après un an de planification de cette course où j’ai franchi ce fil d’arrivée des centaines de fois dans ma tête, un meilleur entraînement et une alimentation exemplaire, j’arrive à court de 9 petites secondes. Je vacille un peu et j’ai de la misère à reprendre mes sens. Je me fais accompagner pour une deuxième année de suite par les aides médicales afin de rester “debout”.

Je marche quelques pas, rencontre Catherine qui m’officialise mon temps de 2h43:14.

Je la laisse la mort dans l’âme et les yeux remplis d’eau afin de rejoindre ma famille et j’aperçois enfin ma Jani, fière comme jamais. Je prends ma fille de 10 mois dans mes bras qui ne se peut plus, elle veut voir son papa qui braille. Je suis content de les voir, mais ma tête est ailleurs, j’essaie vraiment de trouver où j’ai pu échapper ces secondes, ces 9 secondes niaiseuses qui m’auraient rendu si heureux si j’avais pu faire un nouveau record personnel.

Finalement, Jani m’apprend que mon temps que je déteste me vaut le 3e meilleur temps québécois et la 206sup>e place overall. Comparativement à 10e et 400sup>e l’an dernier. Elle me fait donc réaliser que malgré ces 9 secondes d’écart, j’ai gagné pas mal de positions au classement. Un baume que je n’avais pas vu venir.

“Marathon will humble you”
– Bill Rodgers

C’est étrange comme sport quand on y pense …

Et vous ? Comment avez-vous vécu votre marathon de Boston 2016  ?

 

 

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