Race recap

Vermont 100 km

5 janvier 2018
29th Annual Vermont 100 Endurance Run and Ride A Benefit for Vermont Adaptive West Windsor VT July 15-16, 2017 Copyright ©2017 Nancy Nutile-McMenemy www.photosbynanci.com http://photosbynanci.smugmug.com/VermontAdaptive-1/Vermont-100

 Le Vermont 100, l’un des plus vieux événements d’ultra-marathon aux États-Unis, où tenter de remporter une course à cet endroit, nécessite une concentration du début à la fin pour l’ultra-marathonien !

Descendant de Montréal pour un week-end choc avec Olivier Roy-Baillargeon, mon paceur ainsi que Mathieu Blanchard et son paceur Thomas Duhamel, étions en route pour un gros week-end de course et camping.

Parlant sans cesse de course à pieds, de souliers, de trails, d’alimentation et d’anecdotes succulentes de course pendant les 5 heures de route nécessaires pour descendre au coeur du Vermont, nous étions prêts à vivre un week-end déconnecté du réseau cellulaire en campant dans un champ humide à un jet de pierre seulement du départ de la course.

C’est drôle de se dire qu’on va courir une course de 100 km et que c’est la petite version de la course phare du week-end.

Pas de McDo ou de Tim Hortons le matin, c’est sur le réchaud de camping qu’on a eu la chance de boire notre café de fortune avant de se lancer dans notre plus longue course à vie. J’attaquais pour la première fois une distance supérieure à 80 (85 km) après m’être perdu successivement au UTHC 80km ainsi que le Bromont ultra 80 km en 2016. Cette année, j’attaquais la distance supérieure et j’allais faire fi des petits sentiers techniques de ces courses pour me lancer dans les grands sentiers de chevaux du Vermont 100.

En préparation à la course, Mathieu et moi avions le même objectif. Nous étions là pour se placer aux devants de nos courses respectives dans l’espoir d’y rester le plus longtemps possible. Le but n’était pas de s’exploser dès le début, mais de rester constant sur l’ensemble de la course. Un 100 km ou un 100 miles ne se gagne pas après 30 km, mais plutôt dans les 30 derniers !

Le matin de la course, la fabrilité était au maximum, Mathieu était parti depuis quelques heures et j’étais avec Olivier et Thomas à observer les différents coureurs. On savait que la Neela DeSouza qui avait terminé 3e l’an dernier était de retour et qu’elle visait le devant de la course encore cette année, mais aucune idée du calibre des autres coureurs. Il fallait analyser le tout une fois le coup de départ lancé.  Fort de ma grande expérience de (seulement) deux courses en sentier, je ne voulais pas répéter mes erreurs de mes deux courses précédentes et de me retrouver seul en avant et c’est ce que nous avons su éviter.  Après 100 m de course, deux autres coureurs se placent à mes côtés au devant de la course. Des coureurs sérieux ayant déjà complété des distances de ce calibre et ayant déjà cumulé près du double de mon kilométrage annuel. De belles statistiques à prendre au sérieux lorsqu’il est temps d’analyser la force de la compétition !

Mes deux adversaires une fois présentés,  le japonais Daichu et l’américain du Vermont Ben, allaient m’accompagner pour les premiers km. On se respectait énormément et personne ne semblait vouloir prendre la tête. C’était parfait pour moi et je n’espérais rien de mieux. L’année précédente, un autre québécois, Julien Lachance avait remporté cette course avec un temps légèrement au dessus des 10h. Sachant que Julien et moi avons une forme similaire, (moins d’une minute d’écart au marathon de Boston deux ans plus tôt) ce temps était ma référence pour cette course.

Au bout de 25 km, lors d’une montée assez soutenue, Daichu ne semblait pas vouloir ralentir. Pour ma part, j’avais comme stratégie de « power walker » les montées abruptes question de préserver mes quadriceps. Ben pour sa part a décidé, pour la première fois de la course,  de « simplement marcher » durant la montée. Pour la première fois, le peloton de tête était séparé, loin devant les poursuivants qu’on ne voyait plus depuis le 5e km.

Au bout de la montée, ma technique de power walk semblait bien efficace et me permettait de rattraper l’écart avec Daichu dans les mètres suivants le sommet. Le japonais et moi étions désormais seuls à l’avant de la course et selon ce que je pensais, cette nouvelle relation à deux allait rester ainsi pour plusieurs heures encore puisque je ne sentais pas l’intérêt de m’en départir avant le 60e km.

Malheureusement, ce n’était pas d’un intérêt partagé. En pleine montée exposée au 33e km sous un soleil de plomb, Diachu a commencé à redoubler d’ardeur et pousser son rythme de course en ascension. Fidèle à ma stratégie d’éviter de courir en montée, j’ai du le laisser se sauver en tête de course. Ça me prenait toute mon énergie pour le regarder partir sans réagir, préférant pour une fois me fier à ma stratégie de course et ne pas m’emballer dans le rythme de la course.

Pendant quelques km, je l’apercevais loin devant lorsque les détours sinueux des chemins de terre du Vermont me laissaient la vue libre pour l’apercevoir.  L’écart restait cependant sous les 5 min selon mes calculs scientifiques de gars qui prend trop de temps à compter en courant. Autour du 43e km, et surtout du zénith de la journée, quelle ne fut pas ma surprise de l’apercevoir marchant en montant un côte à faible pourcentage ! J’ai vite compris que ce serait l’endroit parfait pour ignorer mon fameux power walk et de courir à sa hauteur. Arrivant à côté de lui, j’ai gardé la cadence et il a rembarqué dans mon sillage pour quelques pas avant de recommencer à marcher. Il souffrait de la chaleur soudaine que la course nous faisait subir.

À ce moment, loin devant mon objectif du 60e km, je me retrouvais seul en tête en pleine forme, mais avec le coup de chaleur qui me guettait. Débarrassé de Ben depuis longtemps et maintenant de Daichu, je n’avais qu’à rentrer les 60 derniers km et remporter la course ! Que c’était facile à dire !!!  ahahah

Trottant seul en tête, je suis arrivé au méga ravitaillement du 50e km avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Mon amie Catherine et ses enfants attendant Alexandre Benoit sur le 160 km étaient là pour m’accueillir. C’était aussi le point de rencontre avec mon paceur Olivier qui était malheureusement … absent !

La course parfaite venait de prendre une autre allure. J’étais 30 à 40 min sous le record de parcours, je me sentais en plein forme, j’avais abandonné la compétition derrière convaincu que je n’allais jamais la revoir et je n’avais plus à réfléchir du reste de la course puisque mon pacer allait prendre cette responsabilité-là. Mais où était-il ???

Comme les ravitaillements étaient nombreux, je ne prenais jamais plus de 2 min dans ceux-ci lorsque j’arrêtais, mais cette fois-ci j’étais un peu cloué sur place. Comment se fait-il qu’il n’était pas encore là ! Je lançais les enfants de Catherine à sa recherche dans le ravitaillement, étant donné sa taille ( le ravitaillement) il attendait peut-être à une autre entrée. Au bout de quelques minutes, j’entends la foule s’animée encore une fois. À ma grande surprise, c’était le japonais qui revenait en pleine forme. Je ne comprenais pas. Il était sensé être étouffé par la chaleur, comment a-t-il fait pour me rattraper ? Est-ce que j’ai si ralenti lorsque j’étais seul ? Mais où se trouve Olivier ?

Forcé de continuer seul, j’ai attaqué la suite du parcours en me posant mile questions.

Du 50e au 60e km, j’étais seul en tête sans pacer, avec aucune idée de comment Olivier allait faire pour me retrouver dans ces zig-zags de routes du Vermont sans antenne cellulaire. Finalement, c’est le japonais qui me rattrapa avec qui, faute de pacer, j’ai décidé de continuer à courir. À quelques centaines de mètres derrière, on était pressé par Neela qui était désormais en 3e position, à moins de 2 min de la première place. Ma course parfaite venait de prendre une drôle de tournure et rien n’était acquis. Je devais me concentrer sur le moment présent et sur mes propres capacités physiques et d’arrêter de penser que les autres auront des faiblesses.

Lors du prochain ravitaillement, Daichu qui s’exprimait difficilement en anglais m’avait averti qu’il allait prendre une pause pour se changer. En approchant le ravitaillement je lui ai donné un coup de main en criant son numéro de dossard aux bénévoles en charge de distribuer les sacs aux coureurs. C’est bien l’une des lois non-écrites du trail, si on est pour un nombre d’heures incroyables ensemble, aussi bien se donner un coup de main quand on peut !

Arrivé dans le ravitaillement, pendant que je me rafraîchissais dans la douche de fortune, le 3e coureur arrivait au ravitaillement en même temps que nous. C’était Ben, suivi d’un coureur qui portait mon numéro !

Olivier avait fini par remonté les 13 km qui nous séparait à une vitesse folle, comblant un retard de plus de vingt minutes. Il m’averti qu’au bas de la côte, deux autres filles arrivaient au ravitaillement.

La course pouvait enfin commencer !

Les 5 premières positions au 63e km étaient à moins de 2 minutes d’écart, mais j’avais mon arme secrète avec moi, un pacer qui voyage au Vermont avec moi pour courir les 50 derniers km de ma course !  Dans son cas, il avait déjà couru les 10 km séparant le camp de base du point de rencontre du ravitaillement plus les 13 km que j’ai courus seul à une vitesse de fou !

Comme en témoigne la photo suivante, j’avais une drôle de tête en quittant le ravitaillement, pensant à tout ce qui c’était passé dans les deux dernières heures. Pour Olivier, on sent une légère culpabilité dans sa face de petit loup ! <3 C’est le seul moment de la course oú je ne souriais pas.

29th Annual Vermont 100 Endurance Run and Ride A Benefit for Vermont Adaptive West Windsor VT July 15-16, 2017 Copyright ©2017 Nancy Nutile-McMenemy www.photosbynanci.com http://photosbynanci.smugmug.com/VermontAdaptive-1/Vermont-100

29th Annual Vermont 100 Endurance Run and Ride A Benefit for Vermont Adaptive West Windsor VT July 15-16, 2017 Copyright ©2017 Nancy Nutile-McMenemy www.photosbynanci.com http://photosbynanci.smugmug.com/VermontAdaptive-1/Vermont-100

Après quelques km d’explications, on a pu se concentrer sur la course. Olivier et Thomas avaient eu de la misère à trouver le ravitaillement qui était légèrement plus loin que les indications le précisait dans le guide du coureur. D’ailleurs le fait que j’étais 40 min plus rapide que le temps estimé et sous le temps du record de parcours n’aidait pas non plus. Oops. My bad !

Les km s’enchaînaient bien et malgré notre bon rythme de course, Daichu apparaissait à tous les tournants. On avait seulement quelques légères minutes d’avance sur lui. Il ne se laissait pas décourager, même que plus souvent qu’autrement, lorsqu’on quittait un ravito, c’était lorsqu’il y arrivait !

Soudainement, la chaleur commençait à se faire sentir chez nous aussi, on profitait du fait qu’on était les premiers à passer pour s’immerger le haut du corps au complet dans les abreuvoirs à chevaux. Meilleur rafraichissement au monde ! Il fallait prendre les quelques secondes essentielles à se rafraichir et éviter de succomber à un coup de chaleur si près du but !

Autour du 75e km, on décida de donner le coup de grâce. Pendant 10 km, on essaierait de ne pas courir au dessus des 5 min au km afin de gagner 1 min par km à notre pace moyen visé de 6 min / km. ( 10h = 100 km). Nos conversations étaient de plus en plus courtes. Olivier commençait à moins parler également. N’oubliant pas l’effort qu’il avait fait pour me rattraper, il souffrait en silence ne voulant pas me décourager dans ma compétition. Pour ma part, je répondais en mono syllables.

À 10 km de l’arrivée, on avait perdu de vue notre compétiteur et on commençait doucement à penser à la victoire. Par contre, le sub – 10h était toujours dans la mire. J’avais seulement 30 secondes de jeu selon ma montre pour franchir les 10 derniers km. Je devais compléter le tout en minimum 1h00:29 après 90 km.

À chaque km, ma montre me donnait l’état de la situation, 6:01, 5:55, 6:20, 5:59. Les km s’enchaînaient et rien ne laissait croire que j’allais être capable de tenir le rythme. Olivier avait disparu derrière, ses jambes brulées par son 13 km sous 4 min/km en montée avaient eu raison de lui. Mes jambes peinaient aussi à monter les côtes, mais descendaient à pleine vitesse. L’inverse de la saison précédente. Probablement l’impact des heures passées à faire des sprints et des montées sur le vélo virtuel dans mon sous-sol.

Finalement, à ma grande surprise, une pancarte m’indiquant last mile me fit douter des 97 km affichés sur ma montre. Est-ce que j’avais gagné 1.4 km grâce à la précision du GPS au coeur des forêts du Vermont 100 ?  J’allais le savoir dans les 8 prochaines minutes.

Je franchis la ligne d’arrivée euphorique, en 9h51, en première position.

Daichu arrive derrière en 9h59 complétant pour la première fois un doublé sous les 10h00 sur ce parcours en enlevant le record de parcours solo de Julien Lachance.

Ben et Neela suivaient en 10h13, abaissant également le record de parcours solo femmes.

 


Du côté du 100 miles, Mathieu Blanchard, sans frontale et parti à l’aube est arrivé à la tombée de la nuit accompagné de Thomas Duhamel bien callé en 3e position après avoir mené la course avec le recordman du parcours, Brian Rusiecki et un dude qui a pris la deuxième position à quelques km de l’arrivée et qui mange que des fruits pour se nourrir. (!!!)


Un méchant beau week-end où le sommeil n’arrivait pas ce soir-là où pour me distraire, je suis retourné voir les arrivées des 100 miles jusqu’à temps que mon chum Alexandre Benoit viennent ramasser sa deuxième grosse buckle de finisher sous les 24h !

Un jour, moi aussi je vais l’avoir cette grosse buckle-là, et non pas juste un petit fer à cheval remis à tous les finisher du Vermont 100 km !

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